Les Tontons Flingueurs - Télérama

Cet article est paru dans le Télérama numéro 2325, du 6 au 12 août 1994, et a été signé par Cécile Challier.


Portraits : Dans le polar toujours aussi génial de Lautner, les dialogues d'Audiard décapent. Répliques et casiers de sept truands.


Des tronches et des hommes

Sorti dans les salles en 1963, Les Tontons flingueurs traverse les décennies en gagnant estime et notoriété. La critique de l'époque n'y vit qu'une parodie trop caricaturale de série noire, divertissante mais sans plus. Elle ne soupçonna pas le succès longue durée et l'appellation de film culte qui allait s'imposer. Plus que les gags orchestrés par Georges Lautner, ce sont les répliques décapantes de Michel Audiard et les tronches qui, sans un sourire, provoquent les éclats de rire. Portraits de famille pour aide-mémoire.

Louis, dit le Mexicain (Jacques Dumesnil)

À l'agonie, le Mexicain a choisi Fernand pour sa succession, un ami de toujours, reconverti dans l'honnête depuis quinze ans. Pour le convaincre de se charger et de sa fille Patricia, une gamine qui n'en fait qu'à sa tête, et des affaires, qui roulent toutes seules (tripot, distillerie, tapin), il est prêt à toutes les pleurnicheries. On naît, on vit, on trépasse, commente laconiquement l'un de ses sbires.

Fernand Naudin (Lino Ventura)

On ne devrait jamais quitter Montauban, ronchonne Fernand en arrivant à Paris. S'il replonge dans le milieu, ce n'est pas de gaieté de coeur, mais par sens de l'amitié, de la fidelité, de l'honneur. Les histoires de famille, c'est comme les croyances, ça force au respect. Vieux jeu, inculte, maniaque, irritable, il a l'autorité cassante, la parole rare, le regard de biais et le poing efficace. Dans son rôle de tuteur, il redouble d'effort pour expliquer à la jeune fille : Pour ce rôle, la production voulait Jean Gabin ; Georges Lautner a imposé Lino Ventura, qui, pourtant, restait persuadé de ne faire rire personne.

Raoul Volfoni (Bernard Blier)

Yeux larmoyants, bouche qui tombe jusque dans les plis de son cou, il rentre et sort ses colères sans aucun contrôle sur lui-même. Quand sa rage explose contre le gugusse de Montauban, il crache les meilleures répliques du film : À chaque menace, un gnon lui fait voir trente-six chandelles.

Paul Volfoni (Jean Lefebvre)

Responsable des tripots avec son frère Raoul, il est petit, rabougri, trouillu. Un dégonflé qui ne s'ignore pas. Sa seule impertinence envers Fernand :

Jean (Robert Dalban)

Il est devenu larbin par punition et l'est resté par vocation. Très pénétré par sa tâche, il veille comme un garde du corps sur la jeune Patricia, sert son maître avec un sérieux très travaillé. Raide comme un bout de bois, l'accent parigot, il s'adresse parfois à son nouveau patron en anglais (sans aucune raison) et en forçant la voix (sans plus de raison) : Your room is ready !, annonce-t-il comme un aboyeur de salon.

Maître Folage (Francis Blanche)

Ses lunettes en témoignent : il est l'homme des écritures. Le notaire du Mexicain n'est pas mécontent de repasser à Fernand le tutorat de Patricia. Mesuré, serein, attentif et de bon conseil, il remplit sa fonction avec la distance que celle-ci lui autorise. Jusqu'au hurlement le plus incontrôlé et le plus saisissant : Touche pas au grisbi, salope !

Théo (Horst Franck)

Il possède la gestion de la distillerie et les répliques les plus surréalistes du film. Plus loin, il avance l'une de ses maximes à laquelle personne ne comprend rien :
Questions, remarks to Gregoire Malandain
Last modified: Wed Nov 26 13:35:59 MET