Roger-Gérard Schwartzenberg, Ministre de la Recherche, lance le 28 février 2001 l'Action Concertée Incitative GRID, qui vise à développer la recherche fondamentale sur les méga-bases de données et les moyens de calculs répartis entre les différents centres de calcul nationaux et internationaux. Le ministre de la Recherche a déclaré "Face à la croissance très forte des besoins en stockage de données et en puissances de calcul pour les traiter, je souhaite donner une forte impulsion à ces recherches, qui sont très utiles notamment pour la génomique, la météorologie ou la physique des particules.". Aujourd'hui, le développement des réseaux informatiques à très haut débit permet d'offrir aux scientifiques une capacité de stockage et une puissance de calcul "virtuellement infinies" en mettant à leur disposition l'ensemble des centres de calcul ou de stockage disponibles. Il reste cependant à concevoir et à développer les outils logiciels permettant un accès efficace et sûr à ces ressources hétérogènes et distribuées à l'échelle européenne et mondiale, en toute transparence pour les utilisateurs. En lançant cette action, le Ministre de la Recherche entend sensibiliser de nouvelles équipes à cette nouvelle problématique de "globalisation des ressources", conforter des groupes déjà actifs, rassembler informaticiens et utilisateurs de ces nouvelles technologies et enfin donner aux équipes françaises les moyens de se placer au meilleur niveau au sein d'une compétition internationale dynamique et ouverte. Cette ACI est dotée en 2001 d'un budget de 15 MF et en 2002 d'un budget de 20 MF, dans le cadre d'un appel à propositions pour financer des projets scientifiques et renforcer les équipes de recherche dans ce domaine. L'ACI GRID est dirigée par Michel Cosnard, Professeur à l'Université de Nice Sophia Antipolis (UNSA), et Directeur de l'INRIA Sophia Antipolis.

Discours de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la Recherche Paris, le 28 février 2001 Lancement de l'ACI "Globalisation des ressources informatiques et des données (GRID)"

A l'occasion du colloque IST 2000 de Nice en novembre dernier, j'avais annoncé un certain nombre de mesures visant à développer la recherche publique dans le domaine des sciences et technologies de l'information et de la communication. Parmi les actions avancées, figurait la mise en place d'une Action Concertée Incitative consacrée au secteur des méga-bases de données et des moyens de calcul répartis. Je suis heureux de constater que, trois mois plus tard, nous sommes en mesure de donner le coup d'envoi de cette ACI, dénommée " Globalisation des Ressources Informatiques et des Données " (GRID). Je vous remercie d'avoir accepté de participer à son pilotage sous la direction de Michel COSNARD. L'ACI GRID sera soutenue par le ministère de la recherche à hauteur de 15 MF en 2001, provenant du Fonds National de la Science. Il était important, en effet, de prendre rapidement cette initiative : d'abord parce que la conception même du stockage de données et des moyens de calcul est en train de se modifier ; ensuite parce que le dispositif français s'est toujours, dans ce domaine, montré à la pointe de la recherche, et qu'il constitue un support pour de nouvelles avancées ; enfin parce que les questions que soulève l'exercice d'une " informatique répartie " nécessitent la coordination de chercheurs issus de différents secteurs - ce que favorise, justement, la formule " ACI ". *** Des besoins en moyens de stockage et de calcul en forte croissance et de nouvelles perspectives offertes par leur mise en réseau. Nous assistons aujourd'hui, vous le savez, à une croissance très forte des besoins en stockage de données et en puissance de calcul pour les traiter. C'est par exemple le cas en physique nucléaire pour la simulation d'essais ; en biologie avec le séquençage du génome ; en météorologie avec les modèles de prévision ; en physique des particules, pour rechercher les plus infimes constituants de la matière : et je rappellerai l'entrée en service au CERN, prévue pour 2005, du plus puissant collisionneur du monde, le Large Hadron Collider (LHC). Mais, au-delà de la recherche, les secteurs industriels et commerciaux voient également leurs besoins augmenter, et les petites et moyennes entreprises doivent maintenant pouvoir accéder à des outils de plus en plus performants. Une des premières voies que nous poursuivons est bien entendu le renforcement permanent des capacités des principaux centres de calcul mis à disposition de nos équipes de recherche: le CINES (Centre Informatique National de l'Enseignement Supérieur), le CEA et, au CNRS, l'IDRIS (Institut du Développement et des Ressources en Informatique) bénéficient ainsi d'équipements qui se situent au meilleur niveau mondial. Nous avons ainsi annoncé, il y a quelques semaines l'installation à l'IDRIS d'ici la fin de l'année d'un nouveau supercalculateur d'une puissance de 1,3 téraflops (1.300 milliards d'opérations par seconde), d'une capacité de stockage de 900 gigaoctets (neuf milliards d'octets), et d'un coût de 54 millions de francs. Ces centres sont complétés par des équipements de proximité de moindre envergure, installés le plus souvent au sein de centres universitaires. Parallèlement, la montée en puissance des réseaux d'interconnexion avec la multiplication par plus de 16 des capacités de Renater en 2002 et la mise en place au niveau européen de GEANT permet d'assurer aux chercheurs un accès à ces capacités depuis leur laboratoire. Au delà, la mise en réseau de l'ensemble des moyens existants et à venir offre de nouvelles perspectives qu'il nous faut explorer, avec le concept de grille de stockage et de calcul. Capable de réaliser pour le calcul ce qu'Internet a réalisé pour la communication, le projet d'une Grille mondiale promet en effet une capacité quasi illimitée : toutes les ressources seraient en effet mobilisables en fonction des besoins. Il permet surtout une optimisation des moyens disponibles, le plus souvent financés sur fonds publics. *** Si les nœuds du réseau (ordinateurs et serveurs) existent déjà, et si les réseaux par lesquels transiteront les calculs sont en cours de construction, beaucoup de problèmes restent néanmoins à résoudre. Comment réaliser cet outil ? Plusieurs consortiums de scientifiques, en Europe et aux Etats-Unis, se sont formés pour concevoir les couches logicielles manquantes, et améliorer leurs performances. En lançant cette ACI, nous souhaitons contribuer à une accélération de l'implication d'équipes françaises dans la résolution de ce défi qui requiert des efforts considérables de coordination. C'est pourquoi son conseil scientifique rassemble des informaticiens et des spécialistes de toutes les grandes communautés utilisatrices de ces nouvelles techniques. Les questions qui se posent aujourd'hui portent, pour l'essentiel, sur les points suivants : La distribution des tâches entre les différents calculateurs sollicités, de façon transparente pour l'utilisateur. Le code informatique de base, qui doit être le plus simple et le plus convivial possible pour l'utilisateur. L'impératif de sécurité : la pratique de l'échange sur les réseaux et du partage des moyens ne doit en aucun cas entraîner l'interception ou la perte d'un résultat de calcul. L'intégration de différents types d'ordinateurs, du gros calculateur à l'ordinateur personnel. Le choix du protocole de communication. Votre mission sera donc de faire " décoller ", à un moment critique, la contribution des équipes de recherche françaises : en soutenant les équipes déjà actives, en attirant de nouveaux acteurs, en favorisant les rencontres entre concepteurs de nouvelles solutions et utilisateurs. Il conviendra en outre de veiller à insérer l'effort français dans un contexte international, notamment européen. *** Pour atteindre les objectifs de cette ACI, plusieurs formes d'action sont à envisager : appel à propositions sur projets, soutien à des jeunes chercheurs, organisation de colloques et d'écoles d'été, financement de séjours de chercheurs français à l'étranger et de spécialistes étrangers en France… Je souhaite que ces actions, dont vous allez discuter dès à présent, soient lancées dans les toutes prochaines semaines, et que les soutiens choisis puissent être apportés aux équipes de recherche d'ici cet été. Ainsi serons-nous suffisamment avancés, je l'espère, pour que nos équipes de recherche prennent une place prépondérante dans la nouvelle donne à laquelle se prépare l'ensemble de la communauté s cientifique, et dont les répercussions se feront sentir aussi bien dans l'univers de la recherche que dans le secteur industriel.